Hiver

Rien que pour le plaisir
J’aimerais vous offrir
De la tisane de fleurs
À l’odeur du bonheur
Quelques chocolats noirs
Parfumés à l’espoir
Des verrines de joie
Une écharpe de soie
Des instants envoûtants
Des livres palpitants
Pour cette année nouvelle
Du plomb dans la cervelle
De ceux qui nous gouvernent
Trêve de balivernes !
Et un petit poème
Pour tous les gens que j’aime
Que la vie leur soit douce
Sans la moindre secousse







Fleur de velours bleu
Hasard d'une chute originelle
jaillissement pétrifié
d'une étrange pierre
venue frapper au cœur le velours bleu
des pétales impassibles
éclaboussures discrètes en perles de lumière
candeur des filaments projetés
éclats des lignes déjouées
en élans corsetés
éternité sans cesse recréée à nos pieds
Nous vous souhaitons
des jours d'un velours aussi bleu
pour l'année à venir

cg
Quelques poèmes de saison
Bonne année
Bonne année à toutes les choses :
Au monde ! A la mer ! Aux forêts !
Bonne année à toutes les roses
Que l’hiver prépare en secret
Bonne année à tous ceux qui s’aiment
Et qui m’entendent ici-bas …
Et bonne année aussi quand même
A tous ceux qui ne s’aiment pas !
Rosemonde Gérard Rostand, Les Pipeaux

Dans l’interminable …
Dans l’interminable
Ennui de la plaine,
La neige incertaine
Luit comme du sable.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune,
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.
Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.
Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive ?
Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.
Paul Verlaine, Romances sans paroles, 1874

L’hiver qui vient
Blocus sentimental ! Messageries du Levant ! …
Oh, tombée de la pluie ! Oh ! tombée de la nuit,
Oh ! le vent ! …
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées ! …
D’usines…
On ne peut plus s’asseoir, tous les bancs sont mouillés ;
Crois-moi, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine !…
Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.
Il bruine ;
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées
Ploient sous les gouttes d’eau, et c’est leur ruine.
Jules Laforgue


Rêvé pour l’hiver
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…
Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup…
Arthur Rimbaud

Matin d’hiver
On s'éveille,
Du coton dans les oreilles
Une petite angoisse douce
Autour du cœur, comme mousse !
C'est la neige
L'hiver blanc
Sur ses semelles de liège,
Qui nous a surpris, dormant
Guy-Charles Cros

Brise marine
L’hiver a défleuri la lande et le courtil.
Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
Où la lame sans fin de l’Atlantique brise,
Le pétale fané pend au dernier pistil.
Et pourtant je ne sais quel arome subtil
Exhalé de la mer jusqu’à moi par la brise,
D’un effluve si tiède emplit mon cœur qu’il grise ;
Ce souffle étrangement parfumé, d’où vient-il ?
Ah ! Je le reconnais. C’est de trois mille lieues
Qu’il vient, de l’Ouest, là-bas où les Antilles bleues
Se pâment sous l’ardeur de l’astre occidental ;
Et j’ai, de ce récif battu du flot kymrique,
Respiré dans le vent qu’embauma l’air natal
La fleur jadis éclose au jardin d’Amérique.
José-Maria de Heredia, Les Trophées
et pour se réchauffer, un texte de Tristan Corbière envoyé par Bernard qui l'a reçu de son ami poète de Morlaix Jean-Albert Guénégan

Vésuves et Cie
Pompeïa-station — Vésuve, est-ce encor toi ?
Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,
— Du bon temps où la foi transportait la montagne —
Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi :
Tu te détachais noir, sur un fond transparent,
Et la lampe grillait les feux de ton cratère.
C’était le confesseur, dit-on, de ma grand’mère
Qui t’avait rapporté de Rome tout flambant…
Plus grand, je te revis à l’Opéra-Comique.
— Rôle jadis créé par toi : Le Dernier Jour
De Pompéï. — Ton feu s’en allait en musique,
On te soufflait ton rôle, et… tu ne fis qu’un four.
— Nous nous sommes revus : devant-de-cheminée,
À Marseille, en congé, sans musique, et sans feu :
Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée
Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.
— Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne !
Je te rends ta visite, exprès, à la campagne.
Le Vrai Vésuve est toi, puisqu’on m’a fait cent francs !
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais les autres petits étaient plus ressemblants.
Tristan Corbière, Les Amours jaunes

Bernard et son ami breton proposent également d'écouter un texte écrit par une autrice contemporaine : "Vision des murs".
Heather Dohollau (née Lloyd à Treherbert, au pays de Galles, le 22 janvier 1925, et morte à Saint-Brieuc le 30 avril 2013) est une poète britannique d'expression française.
Marie-Paule Demont nous propose quelques textes autour des mots
Je pense – pense
j’écris
ensuite
je parle – parle
le premier est muet
le second se tait
mais le troisième
fait du bruit
deux silences
pour éclore et sonner
à la vie

Surprise
les mots les mots
quelle ivresse
je les jette
et la belle envolée
de voyelles et de consonnes
retombe
écrit
« toi »
Des mots
comme une plante
comme une main
tendue
comme une prière
Dix vingt mots
qui s’épanouissent
quémandent la lumière
comme une plante offrande
et gourmande
que j’arroserai demain
Je les sentirai frémir
sous la caresse de l’eau
et les sentirai vibrer
à toujours chercher
le ciel le soleil
et ses étincelles
dans la fraîcheur du jour
à peine levé
Des mots
comme une plante
comme une ribambelle
de beauté
intenses et fiers
éclos pour mon regard
et mon intense fascination
Ce soir de pleine lune
mon esprit s’allume
refuse le repos
refuse la trêve
et me voilà
à appeler les mots
pour occuper mon insomnie
pour accaparer ce temps
dans le calme de la nuit.
Les mots accourent
m’infiltrent et m’accueillent.
Je fonce dans l’écriture.
Le stylo qui glisse
sur la feuille
en sensation puérile
et lumineuse.
Et
J’écris mes pensées
dans la clarté dorée
et chaude de la nuit
et je sais mon cœur
en plénitude
prêt à tout saisir
prêt à tout prendre
et les mots
curieux et empressés
à raconter
la sensualité la beauté
de l’écriture.
Aujourd’hui poésie
avec un mot choisi
agréable et pas farouche
gouleyant en bouche
soyeux au toucher
et gourmand au palais.
Mais ..mais ce mot
faribole et farandole
rigole et s’envole
imite le rossignol.
Nu et fanfaronnant
dodeline au soleil levant
imite la pluie
s’éclate en goutte de rosée
éclabousse mes pensées.
Visiblement
il n’a pas le temps.
J’ai un contre temps
me dit-il
Je ne peux pas.
Visiblement
aujourd’hui je n’écrirai pas.
Des mots qui sautillent la nuit
et explosent au petit matin
gerbe de pensées
brassée de pluie ..
Kevin Zagni nous offre quelques poèmes tirés de son recueil "La vie belle"
Les meilleurs
Une longue route ma vie
Riche en expériences
Dans la lumière et la nuit
Un chemin d’espérance
Vous êtes venus ce samedi
Quel bonheur, quelle chance
Vous tous je vous remercie
De votre douce présence
Vous m’offrez mes amis
Vos beaux rires, vos danses
Tous nos efforts accomplis
Maintenant prennent sens
Le dimanche 6 juillet 2025

Accalmie
Le temps d'une accalmie
Bercé de musique profonde
Baigné par les alchimies
Par les images et les ondes
Je vous écris ces mots
Pour être encore vivant
Pour me maintenir à flot
Et suivre les bons courants
Je vous parle de l’amour
Et de Dieu notre nature
Quand s'amenuise le jour
Et les Hommes parjurent
Le jeudi 24 juillet 2025
Couverture illustrée par Léon, 9 ans et Dominique MISSIAEN, son grand-père
Une chance
Naissent et demeurent libres
D'être heureux et aimés
Dans le respect et l'équilibre
Au chaud et réconfortés
En amour nous sommes égaux
Chacun peut à l'autre donner
Tout le monde peut être beau
Les richesses il faut chercher
Alors en amour et amitié
Allons en bienveillance
Où les droits de l'humanité
Sont respectés par chance
Le mardi 29 juillet 2025
Espérance
Une pousse plantée dans la jeune friche
Vite, elle s’est étalée – la terre était riche
De fleurs violettes la plante s’est garnie
La belle mistinguette nos yeux a ravi
La saison finie, les fleurs fanèrent
Naquirent les fruits, pleins de bonne chair
Il y avait plus loin un autre parterre
Où l’oiseau malin avait fort à faire
Il aimait cette plante aux feuilles de velours
Et les tiges montantes, aux graines d’amour
Ô magie du jaune dans les pattes d’ours
S’il y a deux génomes, il y a deux sources
Cette petite histoire, cette douce merveille
Me procure l'espoir en cette nuit de veille
Le vendredi 17 octobre 2025
Confort
À l'ombre des feuilles du chêne vert
Ou au soleil levant en terrasse
Respirer près du bois le bon air
Vivre à l'abri et profiter de l’espace
Un grand bienfait est bien sûr ce confort
Un repos dans les tumultes de la vie
À quarante ans cependant je m'endors
Rassuré et serein à l'aube de la nuit
Je vais provoquer le changement
Sans pourtant rechercher davantage
Car je porte dans le flux de mon sang
La nature conquérante et sauvage
Le samedi 13 septembre 2025
Solidaire et Responsable 💗 Soutenez les auteurs !
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Voici trois poèmes récents envoyés par Marc Rébéna
Vie accomplie
Quelle âme endolorie attend son doux réveil
Alors que le sommeil rempli de volupté
De l’aube émerveillée attend le doux éveil ?
Serait-ce le désir d’une vie espérée ?
Je m’en irai léger vers la vie solitaire,
Plein de douce espérance et rempli de mystère
Et le bonheur aimé des ermites anciens
Suffira à mon cœur joyeux et incertain.
Plus rien ne fait bouger ma vivante paupière.
Un sourire léger ignore ma misère
Et le souffle ignoré des plaisirs opportuns
Apporte à mon désir la fraîcheur du matin.
Je ne saurai mourir en ce jour adoré.
L’avenir ignoré me tend son doux refrain.
Je rêve de pleurer car la joie délivrée
D'un coup d’aile assuré effleure mon destin.
Rêve vespéral
A l’aube d’un mystère où s’engourdit ma vie,
Je parle à mon image ignorée de l’ennui.
Un songe solitaire étonne mon esprit
Où parfois épargnée une étincelle luit.
Un souffle épanoui éloigne l’ironie
D'une vie appelée au désir inouï.
Le plaisir appelé à l’invincible acmé
Du sommeil et du rêve attend l’humble hyménée.
Quelle flamme inspirée des sinistres lubies
S'empare de mon être encline à l’amitié ?
Je l’accueille étonné par sa gaieté sacrée
Qui traverse mon corps à jamais ranimé.
Un sourire éphémère apaise mon sommeil
Et le rend perméable à la secrète envie.
Saurais-je m’habituer à cette nuit vermeille
Où s’éloigne sans peur le goût de l’inertie ?

Sourire orgueilleux
Un sourire orgueilleux éclate dans ma chair
Qui respire l’amour comme un ardent visage
Cet élan impérieux plein d’ombre solitaire
D'un coup de rein fatal me force le passage.
Serait-ce le désir d’une âme immaculée ?
Un plaisir contrarié me tend son énergie
Inconnue des docteurs au souffle empuanti.
Voudrait-il m’éloigner des plus tendres clartés ?
La campagne ignorée m’adresse un doux message
Qui étonne mon être abonné aux soupirs.
Une friche inconnue de mon fervent sourire
Ignore mon désir exempt de tout dressage.
Au soleil majestueux qui réchauffe mon corps
J'adresse mon salut plein de fière innocence.
La lune épanouie inonde le décor
D'une délicieuse et limpide insouciance.

l’hiver
- l’hiver l’envers du décor
- l’hiver qui engourdit les corps
- l’hiver qu’on doit supporter
- l’hiver dont le vert attend le printemps
- l’hiver avec ses travers et empêchements
- l’hiver le gel des poètes
- l’hiver sous mon pull avec hélas se cache mon cœur
- l’hiver qui n’en finit pas avec sa pluie sur mes nuits
- l’hiver ou je crie mon ennui
- l’hiver bientôt fini j’espère
- l’hiver qui s’oublie à l’arrivée des amoureux de la mer
- l’hiver je le barre du calendrier vite fait
- l’hiver comme chaque année nécessaire pour apprécier l’été