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Juin 2025 : L'étoile

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Quelques citations et textes d'auteurs

Du chaos naît une étoile.

Charlie Chaplin
 

Il est grand temps de rallumer les étoiles.

Guillaume Apollinaire
 

Qui est guidé par une étoile ne regarde jamais en arrière.

Léonard de Vinci
 

Choisissez une étoile, ne la quittez pas des yeux. Elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine. Alexandra David-Neel
 

L'étoile qui file

Petite étoile, au sein des vastes cieux,
Toi que suivaient et mon cœur et mes yeux,
Toi dont j'aimais la lumière timide,
Où t'en vas-tu dans ta course rapide ?
Ah ! j'espérais que, dans ce ciel d'azur,
Du moins pour toi le repos était sûr.
Pourquoi t'enfuir, mon étoile chérie ?
Pourquoi quitter le ciel de ma patrie ?

Mon cœur connut le bonheur et l'amour :
Amour, bonheur, tout n'a duré qu'un jour.
Près d'un ami, je cherchai l'espérance...
Et mon ami m'oublia dans l'absence !
Le cœur brisé, j'aimais encor les fleurs,
Quand je les vis se faner sous mes pleurs ;
Au ciel alors, pour n'être plus trahie,
J'avais aimé.... l'étoile qui m'oublie !

Adieux à toi, belle étoile du soir !
Adieux à toi, toi, mon dernier espoir !...
Errante au ciel comme moi sur la terre,
En d'autres lieux va briller ta lumière.
Rien n'est constant pour moi que la douleur,
Rien ici-bas n'a voulu de mon cœur ;
Autour de moi, tout est sombre et se voile,
Et tout me fuit... même au ciel, une étoile !

Sophie d'Arbouville.
 

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Rimbaud

Les constellations

Clydie, au crépuscule assise dans les fleurs,
Regarde, à l'orient, de ses beaux yeux rêveurs
Les constellations, claires géométries,
Au velours bleu du soir fixer leurs pierreries.
Mélanthe les indique et, le doigt vers les cieux,
Les nomme par leurs noms doux et mystérieux :
Pégase, le Dragon, Cassiopée insigne,
Andromède et la Lyre, et la Vierge et le Cygne,
Et le grand Chariot qui brille éblouissant
Et, seul, n'a point de part aux bains de l'Océan.
La majesté des dieux avec l'ombre descend,
Donnant une âme auguste aux choses familières.
Sur le bord opposé du golfe, des lumières
Brillent ; par instants glisse et s'éloigne un bateau.
Le bruit des rames va s'affaiblissant sur l'eau...
Et les amants, dont l'âme au firmament s'abîme,
Enivrés de la nuit transparente et sublime,
Parfois ferment les yeux et soudain, ô douceur !
Retrouvent tout le ciel étoilé dans leur cœur.

Albert Samain.
 

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 L'étoile a pleuré rose

L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Arthur Rimbaud.
 

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Pâle étoile du soir


Pâle étoile du soir, messagère lointaine,
Dont le front sort brillant des voiles du couchant,
De ton palais d'azur, au sein du firmament,
Que regardes-tu dans la plaine ?


La tempête s'éloigne et les vents sont calmés.
La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère;
Le phalène doré, dans sa course légère,
Traverse les prés embaumés.

Que cherches-tu sur la terre endormie ?
Mais déjà, vers les monts, je te vois t'abaisser;
Tu fuis, en souriant, mélancolique amie,
Et ton tremblant regard est près de s'effacer.

Étoile qui descends vers la verte colline,
Triste larme d'argent du manteau de la Nuit,
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,
Tandis que pas à pas son long troupeau le suit,


Étoile, où t'en vas-tu, dans cette nuit immense ?

Cherches-tu, sur la rive, un lit dans les roseaux ?
Ou t'en vas-tu, si belle, à l'heure du silence,
Tomber comme une perle au sein profond des eaux ?


Ah! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête
Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux,
Avant de nous quitter, un seul instant arrête; 
Étoile de l'amour, ne descends pas des cieux!


Alfred de Musset, extrait Le Saule

Nos poèmes

Le chant des étoiles

 

certain soir d’été on croirait qu’un rideau mystérieux

s’est brusquement déchiré dans le ciel

 

des millions d’étoiles sont au-dessus

de la ville repue du vacarme du jour

 

moment privilégié elles brillent comme

les perles d’eau du printemps

 

si l’on est attentif on entend leur faible chant

 

dormez tranquilles braves gens

 

les étoiles murmurent doucement à vos oreilles comme les notes de Chopin le font pareilles à la douce voix 

de vos mamans quand vous étiez enfants

 

elles vous protègent les étoiles

 

elles veillent sur votre sommeil tourmenté d’hommes et de femmes tandis que la lune livide pointe son doigt accusateur sur les toits luisants

 

laissez le monstre des songes endormi

 

surtout ne le réveillez pas

 

Bernard Denouel

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Une nuit morbihannaise

 

Le Morbihan c’est la mer et ses côtes découpées aux

ciseaux par une main maladroite

 

Mais ce peut-être aussi une nuit d’été

à l’intérieur des terres l’arcoat

 

Une nuit singulière sous un ciel plus clair que l’eau d’une rivière

 

Assis devant notre vieille longère

sur laquelle jouait la lune nous regardions

la nuit et son ordre naturel

 

Des ombres furtives glissaient à la surface

de l’étang

 

Les arbres semblaient communier silencieusement

dans le noir il n’y avait pas de vent cette nuit

 

Les oies et les canards chacun de leur côté dormaient

en paix la tête engoncée dans les plumes

 

Quant aux vaches dont on avait entendu longtemps

le meuglement plaintif

elles s’étaient tues elles n’aimaient pas

l’herbe sèche

 

Instinctivement nous baissions nos voix en contemplant

cet infini de la mer d’étoiles

au-dessus de nos têtes

 

Sylvie nous faisait la lecture du ciel

elle nous montrait les étoiles les satellites qui fuyaient

semblables à de gros papillons de nuit

les avions plus lents à se mouvoir

 

Nous l’écoutions attentifs sur nos chaises blanches

à l’occasion nous lui posions

une question

 

Parfois à force de fixer les étoiles

je me voyais tomber doucement

au fond d’un trou comme Alice poursuivant  

le lapin blanc dans sa chute interminable

à l’intérieur du puits  

 

Bernard Denouel

A chacun son étoile....

 

 

S'endormir à la belle étoile

qu'elle soit polaire, du Berger, brillante comme l'opale

 

Du danseur étoile admirer l'élégance

et dans les arabesques sa gracieuse aisance

 

Saisir l'étoile de mer échouée sur la plage

y déceler le plus heureux présage

 

Croire à sa bonne étoile quand bien même la chance vous abandonne

et rayer de sa vie tout ce qui l'empoisonne

 

Chanter à tue-tête Étoile des neiges

en rentrant au chalet avec le télésiège !

 

Pour sa première étoile sur les pistes gagnée

partager la joie de l'enfant et le féliciter

 

Accrocher fièrement l'étoile tant convoitée

sur la toque du cuisinier

 

A l'étoile filante confier le plus doux des secrets

et peut-être un jour voir son vœu exaucé

 

Avoir la tête dans les étoiles

et rêver, rêver à un monde idéal

 

Comme Brel sur son bateau à voiles,

tenter d'atteindre l'inaccessible étoile

 

Marcher sur Hollywood Boulevard

et trouver l'étoile de Joanne Woodward

 

Fixer sur le képi de l'Officier

deux étoiles pour l'honorer

 

Étoile rouge sur les drapeaux floqués

ou épinglée sur le béret du Che

 

Étoile jaune cousue sur les manteaux

des enfants juifs de Dachau

 

Des myriades d'étoiles explosent au-dessus de Gaza,

On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas.

Marie--Françoise Malherbe

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Étoile consolante

 

 

Non les gens qui meurent ne peuplent pas le ciel.

Non ils ne se cachent pas au milieu des étoiles.

Pas d'anges pour leur prêter leurs ailes.

Ni enfer, ni paradis, pas de monde idéal.

Ce sont des fables qu'on nous raconte enfants

pour adoucir nos peines et combler le néant.

 

Et pourtant quand le destin cruel

emporte loin de nous

des êtres aux âmes belles

on se plaît malgré tout

à retrouver dans cet astre brillant

un souffle, une présence, un signe du vivant.

 

Sinon qu'adviendrait-il de nous

devant l'inéluctable et terrible sentence ?

Sauf à devenir fous

pour chasser la démence,

il nous faut le déni comme dernière chance

ou l'idée d'une étoile porteuse d'espérance...

 

 

Marie-Françoise Malherbe

L’étoile

l’étoile brillante

l’étoile étincelante

l’étoile qui tente

l’étoile qui attire !

 

L’étoile que l’on suit

dans la nuit

 

l’étoile du berger

qu’on ne peut toucher

trop haut perchée,

 

qui soudain elle disparaît

dans son empire

laissant des   regrets

 

à nous petits hommes semés

et perdus dans notre univers

elle, gardant bien ses secrets

 

c‘est une étoile filante ...

se voulant dans l’abstrait

malgré sa superbe lumière.

 

Danydeb

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Peinture Martine Desgrippes Devaux

Escapade nocturne

 

Alexandrins, allez au diable !

Vous n’êtes pas irremplaçables.

Adieu rimes trop riches,

Césure à l’hémistiche,

Et autres acrostiches.

Ah ! Ne plus compter les syllabes,

Mais inventer un astrolabe

Pour regarder vers les étoiles,

Tandis qu’Erèbe étend son voile.

Et si la nuit n’est pas brumeuse,

Voir Andromède et Bételgeuse,

Saisir une comète dans sa course

Et folâtrer avec la Petite Ourse,

Me perdre sur la Voie lactée,

Croiser Vénus et Cassiopée,

Être attirée par l’Étoile polaire,

Comme une phalène aime un réverbère,

Et dans l’infini du silence,

Exécuter trois pas de danse,

Enfin, dans un galop d’extase,

Chevaucher le vaillant Pégase,

Pour revenir au matin blême

Terminer mon petit poème.

N’en déplaise au vieux Malherbe,

Je ne suis qu’un poète en herbe.

Martine Desgrippes Devaux

Romance inachevée

 

T’en souvient-il, ami, de cette nuit d’été

Que nous avions choisi de passer sur la plage ?

Le mois d’août s’achevait sur l’île de beauté,

Les vagues doucement bruissaient sur le rivage.

 

Rien que pour nous, là-haut, brillait le firmament

Et le maquis tout proche exhalait son arôme.

Amoureux, nous étions blottis étroitement,

Puis entre deux baisers, tu te fis astronome.

 

Tu contas à mi-voix les diamants par milliers

Parant la Voie Lactée, Orion, la Grande Ourse,

Andromède et Vénus qui s'éveille en premier,

Une étoile filante aperçue dans sa course.

 

Je fis à son passage un vœu cher à mon cœur,

Invoquant ardemment des puissances lointaines

Pour que dure à jamais cet instant de bonheur.

Mais je savais pourtant mes espérances vaines.

 

Il fallut en effet bientôt tirer un trait

Souriant crânement sur le quai d’une gare.

Cupidon, quelquefois, se montre un peu distrait

Car il unit des cœurs que le destin sépare.     

 

Et le temps sans pitié dévora nos vingt ans

Ne laissant que débris au bord de la mémoire :

Un air presque oublié aux accords envoûtants,

Des yeux noirs, un prénom, souvenir dérisoire.

 

Martine Desgrippes Devaux

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